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Soirée Oenophil'good, grands vins d'Espagne

par Bruno Carroy 24 Septembre 2010, 16:50 Oenophil'good

Allez, je prends un peu de temps pour un léger compte rendu de la dégustation de vins espagnols de ce jeudi 23 septembre.

L’idée était de faire un petit tour du vignoble avec pour guides des domaines reconnus et tenter de définir un style, un niveau qualitatif. Tout un programme. Impossible à réaliser en une seule soirée, mais l’idée se suffit parfois à elle même...

Pour débuter, un Cava brut  « L’Hereu Reserva » - Raventos I Blanc – Penedes - 60% macabeu 20% parallada  20% Xarel-Lo. Un classique du Penedes, le rival du Champagne. Eh bien les champenois peuvent dormir tranquilles. La bulle est souffrante, la matière végétale et l’esprit simplet. Vite dans l’Oenomobile ! Direction le nord.

Un blanc de Galice, de la DO Rias Baixas «Gundian» 2009, cépage albarino. C’est bien, aromatique, agrumes, salin, vif, croquant, désaltérant, acidulé en finale. Parfait à l’apéro et avec les fruits de mer.

De la Galice, partons vers la Manchuela et dégustons un bobal vieilles vignes La Casilla» 2008 Bodega Ponce. Petit domaine, vin en biodynamie, peu de soufre. Une voie récente en Espagne. Il a des airs de gamay ce bobal, ça fruite rouge, ça gaite, ça vibre. Souple, gourmand, légèrement tannique et épicé en finale. L’alcool (14°) est parfaitement intégré.

La comparaison se fait avec un grand écart jusqu’en terre de Tarragone avec «Les Paradettes» 2006 –Escoda Sanahuja - 70% sumoll negre, 30% garnatxa, mazuelo. DO Conca de Barberà. Aussi en biodynamie et sans soufre. On aimerait l’aimer. Un peu fauve, cuir, sous-bois. Evolué. Le fruit est là, mais l’ensemble un peu dissocié, un tanin un peu asséchant. Un vin trituré, dépressif tel un peintre maudit, vouté devant une immense toile blanche, un large pinceau dégoulinant de peinture noire et une bouteille de mauvaise gnôle à portée de main. La toile sera bientôt tachée par le souvenir d’Adèle, partie avec un marin aux cheveux bouclés et pote avec un dauphin.

Ensuite, direction l’Extremadura, tout à l’ouest de l’Espagne. Le Marqués de Valdueza 2006 est une belle cuvée composé de 50% syrah et 50% cabernet sauvignon. 14 mois en barriques françaises. Le nez est riche, fin, fruité noir, épices, touche florale. La bouche est droite, le corps est assez puissant mais sans lourdeur. Charpenté. Tanins assez fins et bonne longueur. Si l’alcool est bien perceptible, il est aussi parfaitement intégré à la matière. Harmonieux.

Dans le verre d’à coté, un autre beau vin de la région d’Alicante «El Sequé» 2007, 100% monastrell, très vieilles vignes de 100 ans environ. 14 mois en barriques. Un style plus concentré, gourmand, immédiat. Les tanins sont aussi plus souples et l’alcool parfaitement intégré (14,5° tout de même). En résumé, un peu moins de finesse et plus de gourmandise.

En accompagnement des vins : jamon serrano, salchichon y manchego.

On remonte vers le nord et on déguste une appellation sehr à la mode, un Ribeira del Duero. Celui-ci est le fruit du domaine Pago de Los Capellanes, le Reserva 2002, 18 mois d’élevage en barriques françaises, 90% de tinto fino et 10% de cabernet sauvignon. CHF 70.00 environ.

"Là je devrais expliquer ce qu’est un Reserva, le tinto fino, etc. mais à ce rythme là j’en aurais pour la journée, et ça c’est pas possible, car c’est l’heure de la siesta bientôt."

Ce vin est plus à maturité que les précédents, son esthétique gustative est donc un peu différente. Plus en douceur, plus en fragilité et aussi plus en finesse, de par son terroir hautement favorable à la viticulture de qualité. Bon, on pourrait tout de même lui reprocher un petit creux en milieu de bouche, un blanc dans le discours. Un manque d’entregent. L’ensemble est cependant très agréable.

Une autre appellation à la mode : le Priorat. On n’y va pas par 4 chemins et on déguste le Clos Mogador 2006 de René Barbier, un domaine de grande réputation, le papa du renouveau de l’appellation on pourrait même avancer. Dedans il y a de la grenache, du cabernet, de la syrah et du carignan. 14 mois de barrique. CHF90.00 environ.

Encore tout jeunot, le vin ne s’exprime pour le moment que sur des notes un peu simplettes de fruits murs. La bouche est musclée mais sans beaucoup d’esprit. L’âge bête en somme.

Dans le verre d’à coté on va servir un grand Rioja du domaine de la Rioja Alta Sa, le Gran Reserva 904 du millésime 1995. Mise en bouteille en 2002. 6 ans d’élevage... 90% tempranillo et 10% graciano. CHF70 environ. 

Là, c’est une toute autre histoire. Délicieux arômes de fruits mûrs, d’épices, de fleurs séchées, de boisé noble. La bouche est souple, droite, fraiche, délicate. Un vin à maturité mais avec encore de la réserve. 

L1020284Là, je sers le lapin aux escargots gentiment concocté à ma demande par Giovanni du magnifique Restaurant Asseyez-vous à Genève. Giovanni est italien mais il a travaillé à Barcelone et ce plat est d’inspiration catalane.

Et là, rebondissement ! Le met réveille le Priorat. C’est qu’il y a combat à livrer là, dans l’assiette ! L’escargot avance cuirassé, le lapin pointe ses os saillants, les petits piments crachent le feu. Enfin une bataille à ma mesure pense le vin. Et de son alcool un peu dominant il enveloppe les épices ! De son corps musclé il étreint la chair des escargots et du lapin. Et enfin, son fruit noir puissant il impose en finale !

Le Rioja, quant à lui, ne se plaît pas trop sur ce terrain mouvementé. Plus mature, il préfère le calme et la douceur. Le lapin oui, mais alors sans les épices et plutôt avec quelques pruneaux.

Et, finalement, on termine avec un Jerez « Amontillado Viejisimo » Bodegas Don Pedro Romero – Andalousie, cépage palomino fino, en barriques US de 500l. Au moins 30 ans d’âge si j’ai bien compris et peut-être même 50... Sous flor, en solera. 

Bon, c’est sec, très sec. Mais sec, hein... Et puis amer aussi. Mais bien amer. Alors le nez est très intéressant, coté fruits secs, noix, fruits à noyaux. Ou plutôt noyaux, mais sans le fruit... Et puis la noix elle est verte, hein, quand même... 

J’sais pas. Faudra que je re goûte. Pas convaincu.

Quelques chocolats de Chez Berger (Plaine de Plainpalais) pour la petite note de douceur.


En résumé, une très belle et sympathique soirée, des découvertes, des questions, des doutes et un magnifique lapin aux escargots. 

 

BC

commentaires

Olivier van Bogaert 30/06/2011 13:33



El Seque est produit par José Lopez Lacalle qui est aussi en Navarre et surtout en Rioja, à la tête d'Artadi. Les Viñas de Gain et Pagos Viejos figurent selon moi parmi les meilleurs Rioja.
Un boisé mesuré, une élégance et un style aérien qui leur confèrent des airs bourguignons. Viticulture écologique, levures indigènes.  



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