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Bordeaux grands crus 2005

par Bruno Carroy 19 Novembre 2007, 11:26 Le bec dans le verre

Considérations et réflexions personnelles.

Mardi dernier, le 13 novembre, a eu lieu une dégustation du (déjà) mythique millésime 2005, organisée à Genève par L’union des grands crus de Bordeaux pour les professionnels du vin en Suisse.

Ce millésime (d’après la presse) est un tout grand, à l’égal des 1947, 1961, 1982…, et ne sera disponible dans les rayons qu’au premier semestre 2008.
Il sera alors inutile de sermonner le vendeur car, non il ne s’est pas trompé dans l’affichage des prix, votre Cos d’Estounel chéri est bien affiché à CHF300.00 LA bouteille (175 euros).

Voilà.

Perplexe vous vous rappellerez ce 1995, ou ce 1996, vendu à environ CHF150.00. Déjà vous trouviez cher.
N’aviez vous pas dégoté du 1991 aux alentours de CHF35.00 à l’époque ? Ce qu’il était bon d’ailleurs ce 1991… Robert Parker – The critique qui édite le Guide du même nom-, sympa, ne lui avait attribué que 87/100 alors cela n’avait pas attisé les convoitises.
2005, c’est une autre affaire : 97/100, soit CHF.300.00 la bouteille.

Voilà, voilà.

Bon, outre ces petits détails mesquins il faut tout de même remercier L’union des grands crus de Bordeaux d’avoir organisé cette dégustation car, vraisemblablement, la plupart des dégustateurs professionnels présents n’aurons tout simplement jamais les moyens de s’offrir une bouteille d’un grand cru 2005 pour le déjeuner du dimanche avec beau papa. Au moins aurons-nous goûté et pourrons-nous ainsi deviser sur les caractéristiques du millésime, les coups de cœurs et les incertitudes.

Je m’y colle donc.

Je n’avais rien lu de particulier sur le millésime 2005 à Bordeaux avant cette dégustation et n’avais donc pas d’à priori. Aucune idée des notes Parker par ex.

Impressions générales : Beau millésime, des grandes choses mais aussi des moins grandes… Un millésime égal au 82, 47, 61 ? J’en doute (même si au fond je n’ai pas assez de recul sur ces millésimes).

J’en doute car je n’ai pas retrouvé, en constante dans les vins dégustés, ce qui pour moi fait un très grand Bordeaux de garde : une certaine austérité, ou disons une certaine sévérité, ou encore une certaine réserve. Vous voyez ?
Une réserve donc, traduite par un tanin (noble, fin, élancé) un peu sévère dans sa phase de jeunesse. Un dessin de bouche rectiligne, droit, fuselé, profilé. Un corps sculptural, digne d’un champion olympique grec.
Voilà ce que j’attends, en filigrane dans les vins, d’un très grand millésime à Bordeaux. 

Je ne vois pas, par exemple, ce que ce millésime a de plus que 1996, très belle année à Bordeaux, un poil supérieure à 1995. Bon, j’imagine que si on comparait les conditions climatiques on verrait bien que 2005 est plus dans le profil « grande année idéale » que 1996. Mais est-ce suffisant ? Est-ce si simple ?

Quelques vins dégustés :

St. Emilion
Canon : bien, équilibré et compact.
Dassault : un peu étriqué à l’attaque. A revoir.
Clos Fourtet : beau. Supplément de corps, d’expression et de longueur par rapport aux précédents.
Gaffelière : très beau. Enfin l’austérité attendue dans un grand cru à ce stade, minéral, strict, chic.
La Couspaude : marqué par le bois, étriqué. A revoir.
Grand Mayne : un peu rustique.
Canon la Gaffelière : sexy…pulpeux, équilibré. Joli.
Figeac : un peu monocorde pour l’instant, paraît un peu borné et limité.
Trottevieille : joli, parfumé, floral, en finesse. Légère verdeur en finale.
Larcis Ducasse : un peu monocorde, concentré, extrait.

Pomerol
Clinet : joli, fin, élégant.
Gazin : joli, bien construit, noble.
Conseillante : très beau, bien construit, expressif, racé. Ça c’est du merlot !
Petit Village : joli, plus en réserve, charpenté, construit.

Pessac Léognan
Chevalier rouge : belle sapidité, de la chair, un peu austère. Un beau chevalier !
Pape Clément : un peu chaud, manque d’éclat.

Médoc
Pontet Canet : un dégustateur a très bien résumé : sudiste mais y a du vin ! Epicé, généreux, construit, en bloc, de garde.
Pichon Comtesse : austère, un poil sec.
Talbot : j’ai toujours un faible pour ce vin qui pour moi est l’archétype du vin de Bordeaux, charpenté, plein, construit.
Gruaud Larose : joli, frais, charpenté, un peu végétal en finale mais plus dans le frais que dans l’herbacé.
Beychevelle : joli, flatteur, sexy.

Sauternes
Pas pris de notes. Coup de cœur pour les Sauternes de ce millésime ! Un plaisir inattendu. Un éclat particulier, fait de finesse, d’équilibre parfait, pour certains, entre le moelleux, le confit, la richesse, la fraîcheur, la minéralité. C’est tout beau. Particulièrement aimé Suduiraut, De Fargues, Climens. La Tour Blanche est aussi jolie, avec un équilibre plus sur le confit. Guiraud un peu retrait ce jour là. Sigalas-Rabaud un peu moins éclatant sur le moment mais bel équilibre. Peut-être un coureur de fond.

En résumé un faible personnel pour les Pomerols et un grand faible pour les Sauternes.
Serais-je dans une phase de douceur ?

BC

commentaires

Jean 15/05/2008 00:56

Je vendrais mon âme pour un bon Vin de Bordeaux

BC 27/11/2007 10:16

Merci pour cette remarque. Pour répondre précisément à la question : un dégustateur hors pairs. Pas vraiment anonyme. Peut-être pressé ce jour là ? Je ne sais pas.

Jacques Perrin 26/11/2007 21:22

Sudiste, est-ce une épithète élogieuse ou le contraire ? J'ai plutôt l'impression du contraire... Qui, hormis un  dégustateur anonyme et pressé, peut proposer une telle caricature ?

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